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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 15:30

 

Dimanche 6 octobre 2019

 

Le discours de M. Caussin, maire de Pagny sur Meuse en 1919

 

J’avais prévu de donner des extraits de chaque discours. Finalement, j’ai choisi l’intégralité du discours de M. Caussin, le maire de Pagny, qui traduit bien le ressenti du moment avec des valeurs et un phrasé qui ont peut-être moins cours de nos jours. Voici les termes de son propos.

 

Mon Général,

Mesdames, Messieurs,

Comme tout Français, nous nous devons à nos morts de la Grande Guerre. A l'exemple des plus petites communes jusqu'aux plus grandes villes, Pagny a tenu à perpétuer la mémoire de ses vaillants Enfants partis si plein de vie et de noble espérance, avec la Marseillaise comme ralliement. Ils allaient en vrais Français, en patriotes modèles, barrer la route de Paris, de Verdun, aux hordes des envahisseurs, offrir la muraille de leurs poitrines comme sublime obstacle à la chevauchée des teutons.

 

Le souvenir des premières journées de la mobilisation a été et sera encore longtemps pour nous tous, Messieurs, gravés dans notre mémoire, comme une grande leçon, dans laquelle, aux heures d'abattement, nous viendrons puiser le courage nécessaire, tous, sans exception, jeunes de l'active, adolescents de la réserve, hommes de la territoriale, barbes grises des voies ferrées, nous les revoyons encore calmes et dignes, aux appels du clairon d'alarme, répondre mâlement, fièrement : Présent ! ! et, empruntant une strophe du chant sublime des Girondins, fredonner :

C'est ma mère,

Je la défends !

 

Ah ! si l'heure n'avait pas été si triste, si l'horizon n'avait pas été si sombre, nous aurions fait une ovation enthousiaste à ces cultivateurs quittant la charrue pour mettre sac au dos, à ces ouvriers abandonnant la blouse du noble travail pour endosser la capote bleue, à tous, sans exception, à ces enfants de Pagny quittant ce qu'ils avaient de plus cher au monde pour, dans une union sacrée, admirable, mettre bravement baïonnette au canon.

 

Vous, les anciens, que le triste privilège de l'âge retenait dans la commune, revivez en ce moment ; prêtez encore une oreille attentive et anxieuse à ce canon lointain du Couronné de Nancy, puis celui plus proche de St-Mihiel, des Eparges ; souvenez-vous de ces heures de joie, quand le vent du soir nous apporta la nouvelle de la victoire de la Marne, et songez à cette angoisse qui étreignait nos cœur, comme à ce sentiment de fierté qui nous réconfortait, en pensant que nos jeunes gars, que nos amis, que nos compatriotes étaient là-bas dans la mêlée suprême, défendant pied à pied le sol sacré et rejetant enfin l'envahisseur.

 

Gloire à eux ! Honneur à eux ! Mais, hélas ! ! Combien devaient nous revenir, heureux et fiers d'avoir fait leur devoir, ou chargés du laurier des vainqueurs. La Somme, la Belgique, l'Aisne, Verdun, Bois Le Prêtre, les Vosges, sont des noms de batailles où nous devons compter nos pertes : plus près, comme là-bas, partout où le Boche a buté ferme, partout où il a voulu passer, partout où Pagny compte une tombe, tous ils sont tombés face à l'ennemi, offrant leur vie en holocauste sublime à la Patrie menacée et, nous laissant dans le souvenir de leur mort autant d'exemples d'intrépidité et de dévouement, leur sacrifice ne pouvait rester ignoré.

 

Leurs noms ne tomberont pas dans l'oubli. Le Conseil municipal, que dis-je, la commune entière a voulu que la pierre rappelât aux générations futures, la part prise par Pagny dans l'œuvre de défense nationale, et perpétuât la mémoire de ses enfants tombés pour la défense de la patrie.

 

Nous nous devons à nos Morts. Cette stèle sera la pierre du Souvenir. Pendant de longues années, que de belles pensées, que d'amers regrets, que de légitimes fiertés, que de fols espoirs ce marbre fera-t-il renaître !!

 

En perpétuant les braves enfants de Pagny tombés pour la France, ce marbre sera comme un grand livre où les jeunes générations viendront puiser les grandes leçons d'intrépidité et d'abnégation qui font les peuples forts, affirmer à leurs aînés qu'ils sont dignes d'eux, que comme eux ils veulent une France forte et respectée, avide de justice et de liberté dans la paix et dans le travail.

 

A nous le Souvenir !

A eux l'Immortalité !

 

De toute la force de votre cœur, de toute la puissance de vos poumons, Messieurs, criez avec moi : Vive la France immortelle ! Vive la République.

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