Par Michèle Tabarot,
présidente de l'Association Nationale pour la Démocratie Locale
L'année 2015 restera funeste pour la décentralisation et la démocratie de proximité. Que de reculs avons-nous subis à cause des choix d'un gouvernement qui se décharge et se défausse en permanence sur les élus locaux !
Les « héritiers » que nous avons vus si prompts à s'émouvoir lors des célébrations autour de François Mitterrand, ces dernières semaines, devraient se rappeler sa célèbre citation : « La France a eu besoin d'un pouvoir fort et centralisé pour se faire. Elle a aujourd'hui besoin d'un pouvoir décentralisé pour ne pas se défaire. »
... qui peut contester aujourd'hui que les lois de 1982 et 1983 ont marqué une formidable évolution pour notre pays en donnant corps à la décentralisation ?
Et pourtant nous assistons à un détricotage minutieux de notre organisation décentralisée, victime quasi impuissante d'un État qui, lui, n'a pas le courage de se réformer.
Alors oui, il est facile de baisser nos dotations, en nous obligeant ainsi à augmenter les impôts à la place de l'État.
Il est facile de nous transférer des compétences non financées en nous disant que c'est à nous de trouver les solutions.
Il est facile de faire de la politique du chiffre en nous imposant des choix aveugles et en nous privant de nos pouvoirs si, pour bien des raisons, nous ne pouvons respecter les exigences les plus folles.
Il est facile de multiplier les normes et les contraintes alors que nous étouffons sous la réglementation qui nous empêche d'avancer. Oui, c'est très facile pour le gouvernement de nous rendre responsables de tous les maux et d'exiger de nous des réformes que lui n'assume pas.
L'histoire montrera rapidement qu'affaiblir aussi lourdement les collectivités locales aura été une erreur historique qui aura pénalisé l'investissement public, l'emploi local, la préservation du patrimoine, l'accès à la culture, la solidarité...
Car oui, nous tous, nous avons accompli cela avec passion et nous voulons continuer à le faire au service de nos administrés. Malheureusement, nous vivons désormais bien plus qu'un malaise, un véritable ras-le-bol qui s'accompagne d'une colère légitime.