Et ce point de vue est largement négatif. Lancée en 2008, la Réate est jugée majoritairement « non pertinente » (58,8 %) et « inefficace » (70,3 %) par les élus interrogés. Ces derniers sont aussi sévères au sujet de la réforme des services déconcentrés régionaux engagés en 2014 : 61,1 % la jugent « non petinente » et 69,6 % « inefficace ». Le Plan préfectures nouvelle génération ne trouve pas plus grâce à leurs yeux, 60,8 % considérant ses orientations « non pertinentes ». Sur les 4 500 contributions reçues, 70 % des réponses émanent des élus communaux et plus de la moitié des maires, ont précisé hier les deux rapporteurs, Eric Doligé et Marie-France Pérol-Dumont en présentant leur rapport à la presse. « Le regret principal, c'est la finalité budgétaire des réformes et le manque de concertation avec les collectivités », a souligné le sénateur Eric Doligé. « Ce manque de concertation a généré un sentiment d’exaspération chez les élus, voire de frustration », a-t-il ajouté.
La grande majorité des élus ayant répondu ont indiqué que leur commune ou leur groupement ont été touchés par l’une ou plusieurs des réformes : réorganisation de l'implantation des gendarmeries, des écoles, réformes de la carte judiciaire, hospitalière, militaire, ou encore des sous-préfectures. « Les réformes qui ont eu le plus d’impact sont celles des implantations de gendarmeries (25,5 %) et des services déconcentrés régionaux (22,7 %) », souligne le rapport. « Bien que cet impact ait souvent été indirect (52,8 %), il est jugé négatif en termes d'accès au service publics par les usagers (75,8 %), mais aussi de potentiel économique pour les communes ou leurs groupements (52 %) », révèlent également les sénateurs.
Trois obstacles s'opposent à l'efficacité des relations entre les réseaux de l'Etat et les collectivités : « l'insuffisante cohérence de l'Etat déconcentré, les doublons et l'éloignement-désengagement de l'Etat ». « Les élus aspirent à une relation adulte entre l'Etat et les collectivités » et sont inquiets « face à ce qu'ils considèrent comme un appauvrissement de sa présence », a indiqué hier la sénatrice Marie-Françoise Pérol-Dumont.
Au rang de leurs 35 propositions, les sénateurs préconisent notamment « la stabilité de la présence de l'Etat » dans les territoires et recommandent à ce sujet l'instauration d'une durée minimum d'affectation des préfets d'au moins trois ans et que ceux-ci retrouvent toute leur autorité.
« Les élus nous disent, laissez-nous absorber ces réformes-là » et ils demandent « de la souplesse » dans leur application, ont aussi précisé les deux sénateurs.
Le rapport sera prochainement mis en ligne sur le site du Sénat.