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22 avril 2018 7 22 /04 /avril /2018 13:13

 

Afin de me libérer l'esprit des affaires communales, il m'arrive de jouer à l'archiviste, en recherchant dans la presse (Est Républicain) du siècle passé des informations sur le passé de Pagny. Au cours de ces pérégrinations, on tombe sur d'autres articles intéressants à plus d'un titre.

En voici un sur les enfants, qui pourrait être d'actualité, s'il n'avait pas été rapporté en 1937 d'une chronique de 1906.

 

II y a quelque temps, je relisais une chronique de la bonne Yvonne Sarcey, consacrée à l’enfance. Une chronique de 1906 et qui semble d'hier. « Les parents, écrivait Yvonne, ont des responsabilités graves vis-à-vis des enfants qu'ils mettent au monde, et c'est parce qu'ils ne s’en embarrassent guère que nous avons, en ce moment(1937), une race de neurasthéniques et de déséquilibrés qui pousse et contamine les bancs de nos écoles... »

Car Yvonne rapporte tout à l'influence de la famille, et elle a raison. L'école est une chose, la famille en est une autre. Il y a là deux institutions qui s'épaulent, se complètent sans se pénétrer, chacune conservant son caractère propre.

Yvonne Sarcey énumérait les pièges dressés sous les pas puérils : « Les feuilles grivoises illustrées étalent leurs licences..., des romans obscènes se vendent pour quelques sous... ; il monte des rumeurs de révolte de la rue ; les esprits sont sous pression; dans tous les camps, on manque de cette divine tolérance qui est la politesse du cœur et marque le respect qu’on a de l'opinion des autres. Il n'est plus question que de « vivre sa vie » ; de fortunes acquises en un tournemain, de crimes, de kracks, de vices impudemment commentés... ».

Et il y a trente ans (en 1906) que ces lignes ont été écrites ! Que dirait Yvonne, aujourd’hui, de la criminalité décuplée, de l’imprudence des grands s'exprimant devant les enfants sans aucune retenue, sans se préoccuper de l'influence mauvaise de leurs paroles, résonnant dans des esprits neufs ? Et les crimes quotidiens que l'on commente, et les récits de scandales recueillis par les jeunes oreilles attentives, et cet adversaire politique que l'on dénonce, à table, tans se douter que le lendemain les gosses se réuniront pour lapider le fils de cet adversaire, leur petit camarade, et le lapider jusqu'à ce qu'il en meure !

Tout a été dit sur l'instinct d'imitation des enfants, sur le mimétisme qui les possède. C'est la guerre, on joue à la guerre; on a vu au cinéma des exploits de gangsters, on joue au gangster ; papa a lu dans le journal l'histoire d'un suicidé, on joue au suicidé...

Élevés comme ils le sont, pour la plupart, par des pères trop bavards, inconscients ou cyniques, les pauvres gosses ne savent plus où est le bien et le mal, le juste, et l'injuste, la légalité et l’illégalité.

Mais, à quoi bon moraliser ! J'aime mieux tourner court à ces réflexions amères et décourageantes et conter un trait de mimétisme enfantin, gentiment optimiste celui-là, et qui nous rafraîchira l'esprit.

 

La semaine dernière, un petit garçon de neuf ans, rentrait du collège. Comme il arrivait à la maison, son papa - mon meilleur ami - remarqua que le petit avait épinglé au revers de son pardessus un écusson, un écusson de carton, portant, en diagonale, quatre majuscules abréviatrices : C.D.B.C.

 

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda le papa.

- Çà ? c'est l'insigne de mon club.

- Vraiment !... Et de quel club s'agit-il ?

- Eh ben, papa, il faut que je te raconte... Dans ma classe, nous avons fondé le « Club des bons copains ».

- C'est très gentil.

- Oui. Et puis, il faut que je te dise aussi, papa. Le président du club, c'est Jacques... Moi, je suis le vice-président.

- Très bien... Mais, qui t'a désigné comme vice-président ?

- C'est moi!... Tu comprends, il n'y a pas encore de membres... Mais, nous en trouverons...

Le papa poussa un soupir... A neuf ans, déjà au pourchas des honneurs... Vanitas Vanitatum ! Mais comme, malgré tout, le titre et les buts de l'Association nouvelle apparaissaient sans danger et même hautement honorables, il attira le petit garçon sur ses genoux.

Et, de tout son cœur, il embrassa le vice-président.

Fernand ROUSSELOT.

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