Il s'agit d'un article fort intéressant tiré de L'Est Républicain et publié le 20 mars 1899.
« L'opportunité d'une fabrication de ciment dans l'Est
A cause de la richesse naturelle de son sous-sol en matériaux de construction, la région de l'Est de la France n'a pas éprouvé autant qu'ailleurs un trop pressant besoin de matériaux artificiels. Pour les ciments, elle s'est fournie aux sources de la production française de l'Ouest, du Nord et du Centre. Pourtant, elle en a consommé des quantités considérables pour la construction des fortifications sur la frontière ; et il est étonnant qu'on n'ait pas songé, depuis longtemps, à la création d'une fabrique qui aurait certainement rendu de grands services et aurait été une excellente affaira ; elle aurait sûrement eu le sort si heureux des usines à chaux de Xeuilley.
La progression de la consommation des ciments est aussi générale que constante. Elle l'est dans l'Est comme dans la France entière; et il est évident que la région de l'Est a un intérêt considérable à se a suffire à elle-même. Elle affranchira ainsi les prix du ciment Portland de la lourde a surcharge des frais de transport, environ 15 fr. par tonne pour la distance des 500 kilomètres qui la séparent de Boulogne, ou de Grenoble, transport qui augmente le ciment d'un tiers de son prix aux lieux de production.
La fabrication dans l'Est n'a rien à craindre de l'exportation de son plus proche voisin ; elle est protégée par un droit de douane de 5 fr. par tonne.
Une telle situation, les besoins toujours ( croissante, l'avenir prochain du ciment armé, ont fait penser à quelques hommes du métier, architectes, ingénieurs, entrepreneurs importants, grands consommateurs de ciment, que le moment était urgent et favorable pour tenter de s'affranchir des tributs payés aux producteurs de ciment Portland, aux intermédiaires, aux chemins de fer. Et, puisque peu de régions possèdent autant que l'Est de la France, d'une part, les meilleures matières premières, d'autre part, d'importants besoins, ils ont étudié une production régionale de ciment Portland.
Sur leur initiative, de savants professeurs de l'Université de Nancy ont recherché les matières à exploiter. M. Nicklès, par des travaux géologiques, M. Arth, par des analyses, ont conclu à l'existence des meilleures matières premières et à la facilité d'une exploitation féconde, d'une fabrication de ciment Portland en Lorraine.
Trois conditions devaient déterminer l'emplacement des usines: la proximité de la matière première, la situation au point de vue des transports et le bon marché de la main-d’œuvre. L'emplacement trouvé à Pagny-sur-Meuse, entre le chemin de fer et le canal, réalise toutes ces conditions.
Le capital de 1,500,000 fr., avons-nous dit, sera employé de la manière suivante:
1° Acquisition de terrains, concessions de carrières, construction de l'usine, machinerie et outillage : 800.000 »
2° Fonds de roulement : 325 000
3° Réserve pour développements futurs : 375.000
Capital social : 1.500.000
Citons maintenant les articles essentiels des statuts :
La durée de la Société est fixée à 60 ans.
Le siège social est à Nancy.
Les fondateurs, MM. France Lanord et Hammer, apportent à la Société les 5 hectares 1/2 de terrains sur lesquels doivent s'édifier les usines à Pagny-sur-Meuse, les promesses de vente des gisements de matières premières, les plans, devis, études, analyses, etc. En représentation, ils reçoivent 160,000 fr. en espèces et 150 parts de fondateur, ayant droit à une portion des bénéfices nets, comme ci-après.
Les premiers administrateurs statutaires sont MM. :
Frédéric Dyckhofî, ingénieur-constructeur, demeurant à Bar-le-Duc.
Jean-Baptiste France Lanord, entrepreneur de travaux publics à Nancy, quai Isabey, 7.
Alphonse Francin, industriel, juge au tribunal de commerce, membre de la chambre de commerce à Nancy, rue des Jardiniers, 16.
Albin Haller, professeur à la Faculté des sciences, directeur de l'Institut chimique à Nancy, rue de Metz.
Jean Hammer, ingénieur à Nancy, rue de Metz, 58 bis.
Hippolyte Lanique, ingénieur des arts et manufactures à Nancy, rue de la Commanderie, 9.
Edouard Tardu, ingénieur des arts et manufactures, directeur de la soudière de Marchéville Daguin, à la Madeleine, près Nancy.
L'année sociale commence le 1er avril et finit le 31 mars.
II faut être porteur, par soi-même ou comme mandataire, d'au moins 5 actions pour assister aux assemblées générales.
Sur les bénéfices nets annuels, déduction faite des amortissements variant de 2 à 5 % pour les immeubles et de 5 à 10 % pour le matériel, il est prélevé successivement :
1° 5% pour assurer la réserve légale, conformément à la loi ;
2° Une somme suffisante pour payer aux actions une fraction de dividende égale à 5 % d'intérêts du montant de leur libération
3° Il sera attribué 25 % de l'excédent au conseil d'administration, y compris la part de bénéfice qui pourra être affectée à la direction ;
4° Le surplus des bénéfices après ces prélèvements effectués sera réparti :
30 % aux parts de fondateur ;
70 % aux actionnaires.
Eu égard à la nature de l'industrie projetée, à ses chances d'avenir, au caractère à et aux aptitudes des personnalités appelées à la diriger, les quatre banques locales de Nancy n'ont point hésité à prêter leur concours à la constitution de la Société.
La souscription est ouverte dès à présent, pour être close au plus tard le 25 mars, aux guichets de :
La Banque d'Alsace et de Lorraine ;
De MM. Lévy, Mees et Cie ;
De MM. Renauld et Cie ;
Et de la Société nancéienne de Crédit Industriel et de Dépôts,
qui tiennent les statuts, notice et bulletins à la disposition du public.
Il est vraisemblable que pour éviter des réductions ultérieures les banques précitées clôtureront leurs listes respectives aussitôt souscription du quantum de titres dévolu à chacune d'elles.
Le montant de l'action sera appelé comme suit :
250 fr. au moment de la souscription.
250 fr. dans le 2° trimestre de 1899.
250 fr. dans le 4° trimestre de 1899.
250 fr. dès que le développement de l'affaire en justifiera la nécessité.
Ce que nous disions en mars 1898 lors de la constitution de la Société générale électrique, nous le répéterons ici : « Cet appel ne s'adresse point à l'épargne modeste dont les économies sont trop faibles pour s'écarter des rentes, obligations du Crédit foncier, etc. Il s'adresse aux personnes en situation de renoncer à une partie de leur revenu pendant une période d'installation et de mise en train, mais avec la perspective de larges compensations dans l'avenir. »
Nous saurons gré au lecteur de nous réserver sa souscription éventuelle.